Les États-Unis ont fait assassiner Aldo Moro

06/04/2020

 A Rome le 16 mars 1978 à 9h02 dans la Via Mario Fani Aldo Moro se fait kidnappé par un groupe terroriste appelé « Brigate Rosse ». Aldo Moro sera séquestré 55 jours avant d'être exécuté le 9 mai 1978 et nous allons voir ici toute cette histoire en détails.

 A 10h du matin, le 16 mars 1978, le groupe terroriste le plus puissant d'Italie les « Brigades Rouges » revendique l'enlèvement d'Aldo Moro (Président de « Démocratie Chrétienne » qui était le premier parti d'Italie). Commence alors une immense chasse à l'homme qui va durer 55 jours. Les Brigades Rouges (BR) planifiait ce kidnapping depuis des années. L'organisation avait déjà perpétré plusieurs dizaines d'attentats sanglants, l'enlèvement d'Aldo Moro était leur coup d'éclat. Aldo Moro n'a pas quitté Rome, il était séquestré en plein cœur de la ville Via Montalcini. Dans leur premier communiqué, les BR annoncent qu'Aldo Moro est détenu dans la « prison du peuple pour y être juger par un tribunal populaire ». Les forces de l'ordre avaient bouclé toute la ville pensant que les BR allaient faire des allers-retours. Au contraire, la ville, dans leur logique de guérilla urbaine, était le champ de bataille des BR.

 Depuis la fin des années 60, l'État italien semblait impuissant. Pas un mois ne se passe sans qu'une manif ne dégénère ou qu'un attentat soit commis. Les groupes les plus violents, dont font partis les BR, s'organisent pour la guérilla. C'est ce qu'on appelle les « années de plomb ».

 Les BR perpétraient des attentats mais la nouveauté était de s'attaquer à un élément clé de la Démocratie Chrétienne (DC), en enlevant Moro, les BR frappaient l'État italien en plein cœur. D'ailleurs les BR préparaient depuis déjà deux ans l'enlèvement d'une personnalité politique. Aldo Moro faisait parti d'une liste de plusieurs noms. Les BR avaient aussi étudié la possibilité de séquestrer Giulio Andreotti ou Fanfani. Ils ont finalement choisi Moro car c'était la cible la plus facile d'un point de vue de logistique militaire. Il ne circulait pas en voiture blindée, il avait des itinéraires plus habituels, il était plus facile à kidnapper qu'Andreotti ou Fanfani.

 Le 16 mars, Aldo Moro se rend à la Chambre des Députés croyant vivre un jour historique qui est le partage du pouvoir entre la Démocratie Chrétienne et le Parti communiste. Mais ce sont les BR qui font l'histoire, les brigadistes ont choisi ce jour-là pour frapper. Pas de bol.

 Le choc de la nouvelle cède rapidement le pas à la formation d'un gouvernement démocrate-chrétien (donc pas de partage de pouvoir avec le PCI, pas de bol) soutenu par tous les partis. Une ligne dure est adoptée, pas de négociation avec les terroristes. Ugo La Malfa avait déclaré au Parlement : « On a déclaré la guerre à l'État. [...] Si personne ne peut nous protéger, nous, avec nos lois, nous pouvons protéger le peuple italien. Tel est notre devoir. »

 Le 29 mars, Nicola Rana (secrétaire politique d'Aldo Moro), reçoit un appel à son bureau de la part du brigadiste Valerio Morucci (membre du commando) lui ordonnant de se rendre derrière un kiosque à journaux près de l'église Sant'Andrea della Valle. Derrière ce kiosque il y avait une enveloppe contenant trois lettres, une adressée à Nicola Rana, une adressée au ministre Cossiga et une dernière adressée à l'épouse d'Aldo Moro. Les lettres confirmaient entre les lignes qu'il y avait une possibilité de négociation avec les BR. En séquestrant Aldo Moro, l'objectif des BR était d'obtenir un statut politique, la reconnaissance de leur combat en faisant libérer leurs camarades grâce à des négociations. Mais l'État refusa toutes négociations car cela supposait la reconnaissance du terrorisme comme force politique, une force politique qui traitait d'égal à égal avec l'Italie et aurait ouvert la voie à une légalisation de ce mouvement.

 Francesco Cossiga (minitre de l'Intérieur) et Giulio Andreotti (chef du gouvernement) prennent ensemble toutes les décisions concernant l'affaire Moro et l'une de leurs premières est de faire appel aux États-Unis. Ces derniers envoient Steve Pieczenik, chef de la cellule antiterroriste. Le plan initial était de sauver Moro car il était en possession de secrets d'État mais vous allez voir que ça s'est terminé autrement. Les États-Unis craignaient surtout que l'Italie soit déstabilisée et que cela aurait un effet domino sur les autres pays, oui c'est toujours la même chose avec les ricains.

 Dans le premier communiqué des BR, une photo d'Aldo Moro dans un état pitoyable devant le drapeau du mouvement y est jointe. Cette photo sera à la une de tous les journaux. Je rappelle qu'il est toujours séquestré dans le cœur de la ville.

 D'ailleurs, il est sans-cesse interrogé par les brigadistes, ces derniers cherchent à lui faire avouer que l'Italie est un État impérialiste au service des multinationales et que les États-Unis étaient le cerveau derrière tout ça. Quand les interrogations ont cessé, Moro s'est mis à écrire pour son compte. Il avait compris que les BR ne voulaient en aucun cas le tuer et que son interlocuteur était désormais l'État. Le Président de la DC n'est autorisé qu'à lire les journaux, écouter la radio et écrire des lettres destinées à sa famille ou à ses amis politiques. Dans ses lettres, Moro insiste pour que l'État libère des prisonniers brigadistes en précisant qu'il se sentait abandonné par ses amis politiques. Et justement, en lisant ça ses amis politiques et surtout Cossiga disaient qu'il était atteint du syndrome de Stockholm, qu'il était devenu fou. Les autorités avaient même prévu des psychiatres afin d'affirmer cela, sauf que les lettres étaient bel et bien authentiques. C'est ballot. Moro continuera d'encourager un échange de prisonniers mais la DC et le PCI imposent le mur du refus.

 De son côté, Steve Pieczenik élaborait une stratégie pour sauver Aldo Moro tout en préservant la stabilité du pays, il est arrivé à une conclusion que pour maintenir la stabilité en Italie, sacrifier Aldo Moro serait la meilleure solution. Vous sentez le truc venir ? Aldo Moro multipliait ses lettres, il demanda la réunion du conseil national mais rien de ce qu'il demandait a été fait, il était abandonné par tous. Il enrageait, ne comprenait pas que les siens n'écoutaient pas ses conseils qui étaient presque des ordres.

 Le 15 avril, dans leur sixième communiqué, les BR annoncent que le procès contre Moro est terminé. Verdict, Moro est déclaré coupable et condamné à mort par le tribunal populaire. Dans le septième communiqué, les BR annoncent l'exécution d'Aldo Moro. Ils disent avoir jeté son corps dans un lac à quelques kilomètres de Rome. Plusieurs dizaines de policiers et de plongeurs passent une journée entière à sonder le lac pour trouver le corps du Président de la DC.

 Le 20 avril, les BR dévoile le véritable septième communiqué disant qu'Aldo Moro est bel et bien vivant avec comme preuve une dernière photo de Moro qui est l'image accordée à cet article. Le faux communiqué était pour les BR une façon de voir ce qu'il ce serait passé si Aldo Moro avait été exécuté. Les BR avaient alors compris que l'État n'avait aucune envie d'œuvrer à la libération de Moro. Tuer une personne qui est un rouage de l'État a un sens mais tuer une personne qui a été dépouillée de tous ses pouvoirs, abandonné par ses amis de son parti n'équivaut plus à exécuter le Président de la DC, mais à exécuter un homme sans défense. Pendant ces 55 jours de détention, les politiques insistaient sur la nécessité de défendre l'État, personne ne s'est demandé si il y avait un possibilité de sauver Moro. L'État avait signé l'arrêt de mort de Moro sous les ordres de Pieczenik et donc des États-Unis.

 Le 30 avril, Mario Moretti, le chef des brigadistes, tente une dernière initiative pour faire libérer Moro en appelant l'épouse de ce dernier. Moretti dit qu'il a besoin d'une clarification immédiate de Zaccagnini (secrétaire de la DC).

 Le 9 mai, Moretti passe un dernier appel cette fois-ci à Franco Tritto lui disant d'aller chercher le corps d'Aldo Moro dans le coffre d'une 4L rouge en précisant que la dernière volonté de Moro était que sa famille puisse récupérer son corps. En gros, Moretti demande à Trotti de récupérer le corps de Moro et de l'emmener à la famille. Trotti ne l'a pas fait. Moretti a tué Moro en utilisait un pistolet muni d'un silencieux et tire plusieurs balles dans le dos en épargnant le visage. Symboliquement, le véhicule est garé à mi-chemin entre le siège de la DC et du PCI.

 Jusqu'à sa mort Moro est trahi par les siens, ses dernières volontés ne sont même pas respectées. Des funérailles d'État sont organisés avec tous les hommes politiques, ce que Moro avait refusé dans son testament. Super les mecs.

 Moro a été assassiné non pas par les BR mais par la DC, par les États-Unis.

 Trois ans plus tard, la « colonne romaine » des BR est arrêtée mettant fin aux BR jusqu'à la fin des années 90 lorsqu'une nouvelle génération prend le relai.

Luca

echo ("debug")

Commentaire:



Bibliorouge
On n'a pas d'argent pour le nom du domaine.
Optimisé par Webnode Cookies
Créez votre site web gratuitement ! Ce site internet a été réalisé avec Webnode. Créez le votre gratuitement aujourd'hui ! Commencer